Grand Corps Malade disait que les histoires d'amours, c'était comme les voyages en train.
Va te faire soigner, l'infirme.
Ce type trouve une métaphore toute bidon et l'exploite jusqu'à l'usure, et on crie au génie. Elle est belle la culture.
Putain, c'est super simple, il a juste noté tout ce qu'il a vu pendant une excursion scolaire, et a essayé de foutre ça en rime.
Ouh, un quai de gare, Wah, des voyageurs, Cool, un contrôleur, qu'est-ce qu'il est beau le paysage...
Les voyages en train, c'est juste chiant. Surtout en première classe.
Pas de doute, j'dois être le seul smicard du wagon.
La présence de tout ces connards m'insupportent, mais, en même temps, j'ai plus de place pour mes jambes, et, comble du luxe, y'a des prises de courant.
Toujours la même lutte pour réussir à se poser sur l'une des trois seules places qui n'ont pas été réservées.
Et là, c'est pas comme pour les histoires d'amour. J'reste jamais sur le quai.
Détermination, ma gueule.
En fait, j'suis juste là pour les empêcher de passer un bon voyage. Pas besoin de faire de bruit, ma présence suffit.
Madame « J'ai jamais bossé j'vis aux crochets de mon mari cadre chez Danone » me regarde de travers, au taquet pour essayer de rencarder le « leur-leur » pour lui signifier la présence d'un individu qui n'a pas du se rendre compte qu'il voyageait parmi l'Elite au lieu de rejoindre le bétail stationné deux voitures plus loin.
Mais tac, j'te sors la p'tite ca-carte qui montre que j'fraude pas, pétasse, et en prime, j'réajuste mon keffieh, pour que tu le voies bien.
J'vois que j'suis pas le seul à pianoter sur mon p'tit clavier, Monsieur « Place 23 » rempli des tableaux. On est dimanche soir, gars, faut s'détendre. Et nan, ce n'est pas parce que tu n'as pas mis de cravate aujourd'hui que tu t'es suffisamment lâché.
J'suis pas en train de bosser mon tri, moi.
Route de la Garenne : QL 28
Rue Lacombe : QL 06
220 av. Jean Jaurès : QL 10, j'suis pas tombé dans l'panneau, avant le 200bis, tout le monde sait que c'est pour les QL 13 et 03.
Le métrosexuel à ma gauche jette des coups d'yeux furtifs dans l'espoir de lire ce que j'écris. J'tourne l'écran.
Merde, les RG m'ont assez suivi ces derniers temps, sans compter les bruits che-lous que faisait mon téléphone. Je n'irai pas jusqu'à dire que j'étais sur écoute, car, sinon, demain, y'aura 4 mecs habillé à la Matrix en train d'attendre en bas de chez moi.
Voyage interminable, ce wagon est un colloque inter-minables.
J'me vois bien demander au couple places 33-35 quel métro il faut prendre depuis Saint-Lazare pour arriver dans le XVIème, puis j'me rappelle qu'ils ne doivent pas le savoir plus que moi, ils ne se déplacent qu'en taxi, ces gens-là.
En bas de l'échelle sociale, j'arrive à scier les barreaux sur lesquels j'ai à peine posé les mains, si j'cours pas après l'argent mais après les sentiments, c'est surement pas à la bonne place que j'me suis assis.
En fait, il avait raison, Grand Corps Malade.
Les histoires d'amour, c'est comme les voyages en train. A l'arrivée, j'me sens plus seul que jamais.
La prochaine fois, je prendrais l'bus.

